• SENEGAL, BIGNONA : Un enfant âgé de 3 ans a disparu depuis maintenant 1 semaine. Toutes les forces de l’ordre et de sécurité avec la justice mobilisées pour le « retrouvé vivant ».
  • Bilan de l’ANRAC : les régions de Sédhiou et Kolda quelque peu laissées en rade
  • Voici 45 jours qu’une école de plus de 100 élèves est sans enseignants à Mahmouda Chérif : le Chef de l’Etat est interpellé
  • ZIGUINCHOR – Diabète : plus de 2000 patients suivis et plus de 100 amputations de jambes diabétiques
  • Jean-Marie François BIAGUI : Seule une « Solution Politique et Institutionnelle » au « Problème Casamançais » peut faire émerger une « économie de paix » en Casamance

Djibril Goudiaby artiste-comédien/ Compagnie Bou-Saana : « notre rôle est de promouvoir le théâtre professionnel qui permet aux acteurs de vivre pleinement de leur art »

Scoopsdeziguinchor.com : Après un cursus scolaire bien rempli et le Bac en poche, il a préféré s’orienter vers la scène théâtrale plutôt que d’embrasser la vie estudiantine. Et depuis, loin des amphithéâtres de l’UCAD, le jeune artiste comédien et metteur en scène Djibril Goudiaby ne cesse de parcourir le monde pour exprimer avec la Compagnie Bou-Saana leur vision du monde, et mieux, la vison de tous « Les Sans Voix ». C’est fort de tels périples riches en échanges et en expériences que cette Compagnie ait décidé de lancer il y a de cela trois ans un festival dénommé « Casamance en Scène ». Pour la 3ème édition organisée il y a quelques semaines à l’Alliance Franco-sénégalaise, ces acteurs culturels, en vrais professionnels, ont non seulement gagné la pari de l’organisation mais également celui de la participation. Sur les clés d’une telle réussite, Djibril Goudiaby qui s’est livré à scoopsdeziguinchor.com, lève un coin du voile et dit également tout sur la compagnie Bou-sana et sur « Casamance en scène » une manifestation à jamais inscrite dans l’agenda culturel national
testimg1

- Scoopsdeziguinchor.com : Mr Goudiaby pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de scoopsdeziguinchor.com ?

- Djibril Goudiaby : Je m’appelle Djibril Goudiaby. Je suis metteur en scène et comédien au sein de la Compagnie Bou-Saana.

- Casamance en Scène est un festival de théâtre que vous organisez depuis 3 ans. Comment vous est venu l’idée et quels sont les objectifs visés à travers l’organisation de cette manifestation ?

- Casamance en Scène est un festival de théâtre que nous organisons depuis quelques années. Nous en sommes à la 3ème édition. L’idée de la matérialiser nous est venue à travers les prestations que nous organisons un peu partout à travers le monde, et où on a eu à participer à pas mal de manifestations avec la Compagnie Bou-Saana. Et à un moment donné, nous nous sommes dits que des initiatives pareilles, des événements pareils, il serait bon de les faire également ici chez nous. Étant donné que ce qui est véhiculé lors de nos spectacles, tel par exemple la démocratie, constitue des thèmes qui touchent les maux de nos sociétés. Comme le dit Molière il s’agit de châtier les mœurs en faisant rire la population. Et pour cette présente édition étalée sur trois jours, beaucoup de thèmes ont été abordés.

- Donc il s’agissait pour vous de joindre, pendant ces moments, l’utile à l’agréable ?

- Oui c’est des moments où les gens vont venir rire, partager à travers la parole, partager à travers les thèmes mais aussi partager tout ce qui est véhiculé au niveau du corps, au niveau de la parole, au niveau du mouvement , du geste, etc. Tout cela pour faire ressortir ces choses là.

- Le constat est que le public semblait vraiment accroché à vos discours, à vos spectacles. C’est dire donc qu’à l’heure du bilan vos objectifs semblent également atteints ?

- Bien sûr ! Vous savez nous notre rôle c’est de faire partager tout ces émotions, tous ces mouvements comme je l’ai dit. Et cela est un combat de tous les jours d’autant plus que c’est le vécu quotidien des populations que nous essayons de représenter sur la scène.

- Pouvez revenir sur les différents thèmes que vous aviez mis en scène ?

- Pour ceux qui ont vu le premier spectacle sur « Jazz et vin de palme » nous avons essayé de parler de la dictature, parler d’un combat entre le modernisme et la tradition et pas mal d’autres choses. Ensuite le spectacle sur « le Destin du Clandestin » est une manière pour nous de dire aux dire aux africains « arrêtez et travaillons pour notre Afrique » ; car il ne sert à rien de partir pour travailler pour les européens et l’occident d’une manière générale. Aussi, quand on se produit en Europe, aux européens, nous leur disons également « écoutez si ces gens là viennent chez vous, il y a des raisons qui les poussent à le faire et qu’il faut donc les accepter comme tel.

- Et pour ce qui est du 3ème thème?

- Ce thème nous l’avons intitulé « Des mots qui tuent ». Et dans ce thème, nous faisons allusion aux « maux » synonymes de souffrance et aux « mots » c’est à dire le verbe, la parole. Les « maux » et les « mots » sont de nos jours deux termes qui blessent et qui tuent. La preuve toutes les guerres commencent par les « mots ». Et nous constatons que depuis les événements du 11 septembre il y a une recrudescence du verbe, des mots. Le président américain ne manquait jamais d’évoquer dans beaucoup de ces sorties, la croisade du Bien contre le mal. Et ceux qu’il qualifiait de terroristes disent aller eux en guerre contre Satan. C’est quoi le bien, c’est quoi le mal, qui est Satan ? Donc il était intéressant pour nous et pour tout un chacun de cogiter là-dessus pour trouver éventuellement la signification et les sens de ces mots. Et pour nous, créer un spectacle autour de tous ces mots, c’était important. D‘autant plus qu’il y a chez nous ce cousinage à plaisanterie qui peut nous aider à trouver des solutions par rapport à ces « maux » et « mots » qui gangrènent la société.

- Revenons sur le Destin du Clandestin dont vous êtes l’auteur et la tête d’affiche, qu’est ce qui a guidé votre inspiration ?

- C’est un thème poignant que j’ai écrit, adapté sur scène et joué moi-même. L’objectif principal c’est de pousser les jeunes à prendre conscience qu’on peut réussir ici chez nous en Afrique. Leur montrer qu’ici au Sénégal, il est également possible de réussir sans tout attendre de l’Etat. L’Etat peut certes nous former, mais le reste c’est à nous de créer des initiatives qui permettent aux jeunes de vivre de leur art. Restons et travaillons notre Afrique. Toutefois il s’agissait aussi, à travers ce thème, de faire comprendre aux européens que beaucoup de nos richesses ont été exportées chez eux. Nous avons voulu dire la vérité, susciter le débat en disant les choses telles quelles. Je crois que ce thème entre dans ce cadre là.

- Pour cette édition vous avez tenu à inviter des compagnies d’autres régions du Sénégal. Quel sens donnez-vous à cette ouverture ?

- Comme je l’ai dit tantôt, nous notre rôle est de promouvoir le théâtre. Pas le théâtre tel que vécu chaque jour à la télévision sénégalaise. Non ! Nous nous faisons la promotion du théâtre professionnel qui se passe sur la scène et qui permet aux acteurs de vivre de leur art ; cela est important. Et à Ziguinchor, nous avons cette chance d’avoir une infrastructure comme l’Alliance Franco-sénégalaise qui nous permet d’exercer notre art. Et je remercie au passage l’Alliance qui participe à la promotion des artistes locaux. Vous comprendrez qu’il ne s’agit donc pas pour nous d’amener des artistes d’ailleurs qui se produisent pour repartir ensuite, non, ce n’est pas cela ! Il s’agit plutôt de créer et d’innover sur place. C’est pourquoi nous nous sommes lancés dans cette perspective de créer des initiatives culturelles et artistiques autour de cela. A savoir, inviter des compagnies d’autres régions qui ont des moyens limités et qui n’ont pas cette possibilité de se promouvoir autour d’une scène pareille avec des sons et lumières. Et pour nous, ça été un défi de répondre à une telle exigence.

- En d’autres termes, c’était une occasion de partage et d’échanges entre différents culturels….

- Effectivement, c’est un truc de partage. Un partage autour de la scène, autour de la parole, de la connaissance. A notre niveau, nous n’avons pas eu certes une formation au niveau académique, mais nous avons peut-être un avantage acquis à travers les échanges que l’Alliance organisait avec des comédiens venus de l’extérieur mais également à travers des stages qu’on a eu à faire au niveau de l’extérieur. Cela nous a vraiment donné un plus par rapport à d’autres comédiens nationaux.

- Cette démarche, cette vision, est-elle vraiment comprise par les autorités locales et étatiques ?

- Pas du tout. Et je pense très sincèrement que nos autorités devaient également se lancer dans cette perspective de créer et de former les artistes. Car l’artiste, c’est aujourd’hui une fonction un métier très noble. Mais malheureusement les gens ne le perçoivent pas ainsi.

- Est-ce une des raisons qui justifient le fait que vos prestations sont plus internationales que nationales ?

- Oui, c’est presque cela. Regardez un festival d’une telle dimension nous l’avons organisé avec nos propres moyens sans l’appui de l’extérieur ou des pouvoirs publics, vraiment aucun sou de ces derniers, et ce, depuis trois ans. C’est pour vous dire qu’il faut vraiment avoir de l’amour pour le faire.

- Vous voulez dire que la compagnie Bou-Saana a supporté toute l’organisation de ce festival ?

- Nous avons tout supporté. Et sachez que nous avons fait venir des compagnies de l’extérieur, pris en charge leur transport, leur hébergement, la restauration, leur cachet, un cachet professionnel je vous dis. Tout cela à notre seule charge. C’est pour vous confirmez encore une fois qu’il faut quelque part avoir l’amour du théâtre, être un acteur culturel, pour pouvoir le réaliser. C’est vraiment dommage pour les autorités de ne pas pouvoir jouer leur partition. Et cela est d’autant plus frustrant que quand nous faisons des tournées, on paye nos billets d'avions d’avion, les charges sociales, nos assurances, etc. Et qu’au finish, c’est avec nos maigres gains qu’on essaye encore de promouvoir le théâtre local.

- Trois jours de spectacles, une salle comble à chaque fois, des thèmes de qualité, peut on dire aujourd’hui que Bou-Saana a fini de conquérir le public ziguinchorois ?

- C’est tout a fait heureux de voir cette forte mobilisation du public pendant ces trois jours de festival. Au début ce n’était pas facile pour nous, lorsque nous organisions des spectacles ici avec seulement 20 spectateurs dans la salle. On se posait des questions et on se disait que c’est parce que nous sommes quelque part méconnus du public. Et pour nous imposer à ce public, on a pris conscience d’aller à la recherche de moyens et de nous renforcer davantage. Aujourd’hui c’est chose faite car nous disposons de toute une logistique qui nous permet aujourd’hui d’initier des choses au niveau local. Et au niveau national on compte également frapper à toutes les portes des médias audiovisuelles pour montrer nos réalisations ; car nous avons des téléfilms déjà écrits et que nous comptons matérialiser. Tout cela va se faire avant la fin de cette année.

- Vous organisez également des théâtres dans différents établissements scolaires. Quel est l’objectif visé à travers une telle option ?

- C’est vrai que nous investissons également dans les établissements scolaires. La principale raison c’est que nous nous sommes dits que ces enfants là sont les adultes de demain. Donc si on fait passer le théâtre dans les écoles peut-être que demain on verra du théâtre professionnel ; et ceux parmi ces enfants qui auront embrasser ce métier, sauront vivre de leur art. Cela est notre souhait.

- Et entre autres paris pour la Compagnie Bou-Saana ?

- Aujourd’hui il nous faut convaincre le public, c’est cela notre pari. Et ce n’est pas évident. Parce que les gens ne connaissent pas ce qu’est le théâtre professionnel, ils ne connaissent pas le théâtre qui se passe sur la scène et qui est régi par des normes. Car il ne s’agit pas seulement de jouer et de faire rire les gens et partir. Au théâtre, il y a des normes qu’il faut respecter. Des normes au niveau de la mise en scène, au niveau du jeu de l’acteur, au niveau même de l’écriture, etc. Et tout cela nécessite un certain bagage intellectuel.

Auteur: Propos recueillis par Tapha I. BADJI
Date de publication: 2011-01-24 16:44:15
Nombre de réactions:0

Réagir à cet article!
    rss Imprimer cet article Mail

Articles 1 à 8 sur 8

Tous les commentaires
Copyright © 2012 scoopsdeziguinchor.com - Conception & design: Jean Ndiaga Bakhoum - (Digital Video Shop)