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Mme Keny présidente de KABONKETOOR : « Nous avons mené plusieurs mobilisations sociales et des campagnes de sensibilisation dans toute la Casamance pour le dépôt des armes et le retour de la paix »

Scoopsdeziguinchor.com : Les questions liées au leadership féminin étaient au menu d’une formation qui a regroupé une trentaine de femmes relaies de différentes associations des organisations féminines de la région. Un programme initié par KABONKETOOR qui entend ainsi renforcer les femmes sur les questions liées à la gestion du pouvoir, de participation, de démocratie, de citoyenneté du fait de leur grande représentativité au niveau de cette partie sud du pays. En marge de cet atelier de formation qui a eu comme cadre le siège de KABONKETOOR sis le quartier Yamatogne, la présidente de ladite structure s’est livrée à scoopsdeziguinchor.com. Mme Keny née Marguerite Coly est largement revenue entre autres sujets abordés, sur les objectifs et les attentes de cet atelier mais également sur les actions menées sur le terrain par sa structure. Entretien…
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- Mme la présidente pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de scoopsdeziguinchor.com ?

- Je suis Mme Kenny née Marguerite Coly. Je suis la présidente de l’Association Régionale des Femmes pour la paix en Casamance plus connue sous la dénomination de KABONKETOOR.

- Parlez-nous un peu de la vision et du but recherché par cette structure que vous dirigez depuis quelques années ?

- KABONKETOOR est une structure qui œuvre depuis sa mise sur pied pour une Casamance en paix, une Casamance réconciliée et unie dans sa diversité culturelle et au sein d’un Sénégal prospère et ouvert au monde. Son idéal est d’accompagner, d’harmoniser et d’orienter les actions des populations et des communautés rurales partenaires. Et ce, pour une participation effective des populations dans la consolidation de la paix et de la reconstruction sociale et économique de la Casamance.

- Voilà KABONKETOOR a initié pendant toute une semaine un atelier de formation des femmes en leadership. Y a-t-il selon vous un réel besoin pour les femmes de se former ?

- Il y a un besoin réel de formation aux vues des problèmes auxquels les femmes sont confrontées. Elles ont de tout temps été reléguées aux taches domestiques. Une situation qui les confine dans une certaine dépendance vis-à-vis des hommes. Les femmes sont confrontées également à une mauvaise représentativité et à leur non accès aux instances de prise décision. Et pourtant elles œuvrent quotidiennement pour la recherche et la consolidation de la paix en Casamance et s’exercent également dans des activités génératrices de revenus et de développement local. C’est dire donc que l’implication des femmes dans les instances de décision s’avère être une nécessité pour nous. C’est pourquoi nous saluons avec enthousiasme le lancement « du Projet d’appui au leadership des femmes dans la gouvernance locale ». Des programmes qui vont dans le sens de nos aspirations profondes de renforcement de nos capacités pour une participation plus efficiente au développement économique et social de notre pays.

-Dans quel cadre inscrivez-vous cet atelier de formation ?

-Nous l’inscrivons dans le cadre du projet intitulé « Projet d’appui au leadership des femmes dans la gouvernance locale » financé à bien des pourcentages par l’Ambassade du Canada au Sénégal. En effet, c’est grâce à l’appui de l’Ambassade du Canada qui nous a financées, pour réaliser un rêve, que nous avons pu obtenir un tel projet. Les membres de Kabonketoor ont toujours souhaité réaliser un tel projet depuis de longues années. Ce rêve à trait donc à l’émergence des femmes dans la gouvernance locale.

-A quand remonte le lancement de ce projet ?

-Grâce à cette Ambassade que je tiens à remercier sans limites à travers votre journal, nous avons pu lancer notre projet depuis le 12 Septembre dernier. La manifestation a eu lieu au centre culturel régional avec la présence effective de son excellence l’Ambassadeur du Canada, du gouverneur de Ziguinchor avec tous les chefs de services régionaux. Le clou, c’était que les femmes responsables de toute la région de Ziguinchor étaient également de la partie.

-Que cherchez-vous donc à travers ce projet ?

-Notre objectif premier, c’est de favoriser l’influence des femmes en matière de gouvernance locale. Nos objectifs spécifiques consistent au renforcement des capacités des femmes sur les principes fondamentaux de l’éducation à la citoyenneté ; amener les membres de Kabonketoor et des autres femmes à intégrer dans le programme, les stratégies efficaces en vue de résoudre les problèmes de développement, amener tous les participants à partager une vision commune du concept de développement approprié ; créer un leadership féminin, fort et capable d’influencer les politiques de développement local.

- Quels sont les objectifs visés à travers la tenue de cet atelier de formation, en tant que tel ?

- Entre autres objectifs, il s’agit pour nous de favoriser l’influence des femmes en matière de gouvernance locale, de renforcer leurs capacités sur les principes fondamentaux de l’éducation à la citoyenneté, d’amener les membres de Kabonketoor à intégrer dans le programme les stratégies efficaces en vue de résoudre les problèmes de développement spécifiques aux femmes. Nous voulons aussi amener les participantes à partager une vision commune du concept de développement approprié et de créer un leadership féminin fort capable d’influencer les politiques de développement local

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-Est-ce donc que les femmes sont confrontées à un problème de leadership que vous avez organisé ce séminaire de 5 jours ?

-Bien sûr que oui ! Les femmes sont compétentes et sont au coude-à-coude avec les hommes dans tous les domaines. Mais elles ont du mal à exprimer leurs compétences au moment des prises de décisions. Par exemple, au moins 70% des femmes sont dans l’agriculture, dans le commerce, dans l’artisanat, pour ne citer que ces domaines-là. Leur travail n’est pourtant jamais ressenti dans tous ces domaines. Tout ce qu’elles font, passe inaperçu. Pour revenir au plan intellectuel, nos femmes ont des diplômes universitaires, elles sont par exemple, de grandes économistes, mais cela n’apparaît nulle part. Ce sont les hommes qui occupent les premières places.

-Vous n’avez aucun exemple qui puisse vous consoler ?

-Si, dans l’éducation, nous avons au moins deux femmes qui occupent de bons postes de responsabilité. Nous en profitons pour féliciter le responsable départemental de l’éducation.

-Revendiquez ainsi des responsabilités qui soient supérieures à celles des hommes ?

-Non, pas au-dessus des hommes, mais à côté des hommes. Nous voulons qu’à diplômes égaux avec les hommes, les femmes aient des responsabilités égales à celles des hommes. C’est plus judicieux ! Que la femme ayant les mêmes compétences, les mêmes diplômes, jouissent des mêmes responsabilités que les hommes. C’est cela que nous demandons. Nous ne demandons pas plus que cela ! Nous ne cherchons pas de bagarre. Nous sommes des femmes mariées et mères de familles. Nous sommes certaines que nous ne pourrons jamais écraser les hommes. D’ailleurs, lorsque les femmes revendiquent leurs places, certains hommes pensent que nous voulons être au-dessus d’eux. Non, nous voulons simplement occuper nos places.

-La société sénégalaise, notamment casamançaise, semble hostile à l’épanouissement des femmes en général, que comptez-vous faire pour corriger cela ?

-Nous avons répertorié dans les travaux de notre atelier ce qui retarde les femmes dans nos sociétés. Il s’agit de l’exploitation des femmes, de la dépendance économique des femmes aux hommes, de la difficulté voire de l’impossibilité d’accès des femmes à la terre. Par exemple, excepté dans le Bandial, dans notre région c’est l’homme qui hérite des terres. On dit que la femme est appelée à se marier, or après le décès de son mari, elle se retrouve complètement appauvrie.

- Quelles sont, par conséquent, vos attentes par rapport à cet atelier de formation ?

- Vous savez les femmes sont aujourd’hui impliquées dans tous les secteurs d’activités de leurs localités. Cette formation va donc impulser une nouvelle dynamique dans le cadre de leur participation à la gouvernance locale. Nous avions prévues 30 mais elles sont finalement 35 à être formées. Et elles constituent toutes des animatrices qui vont, après cette rencontre, mener des plaidoyers pour une amélioration de l’environnement institutionnel en leur faveur. Car jouant toutes des rôles stratégiques dans les instances de décision de gestion des affaires locales.

- Il est bon de former des femmes mais il est également de leur assurer le suivi. Avez-vous mis en place des stratégies pour mieux consolider les acquis ?

- Nous projetons de dérouler plusieurs activités dans le cadre de ce vaste programme qui ne s’arrête pas du reste à cet atelier. A cet effet, en plus de l’animation sociale et des représentations communautaires, il est prévu des réunions de sensibilisation qui seront axées entre autres sur le rôle et la place des femmes dans l’économie locale, leur présence dans les sphères de prise de décision et leur implication effective dans le processus de résolution des conflits. Et c’est dans cette optique que des séries de formation assurées par les animatrices relaies vont être menées à Bignona et à Oussouye. Et après ces ateliers, notre formateur Youssouph Badji va revenir à Ziguinchor pour qu’on puisse ensemble faire l’évaluation de toutes activités menées sur le terrain. Et parallèlement à cela, des plaidoyers seront également menés auprès des autorités administratives, religieuses, politiques, etc. sur les questions liées au développement et aux droits humains.

- Les femmes jouent elles pleinement leur rôle et occupent elles véritablement leur place dans le cadre du processus de paix en Casamance ?

- Je crois que dans le cadre de la recherche de la paix, les femmes sont le plus souvent oubliées et laissées en rade. Et pourtant elles sont à l’avant-garde de tous les combats qui se mènent sur le terrain dans le cadre de la sensibilisation, le plaidoyer et la recherche de la paix. On nous invite dans les grandes rencontres, comme par exemple à Foundiougne et autres, mais seulement en tant qu’observateurs. Chaque fois qu’il y a des décisions à prendre, les femmes ne sont conviées. Nous n’avons pas souvent le droit à la parole au cours de telles rencontres. Cela doit changer car personne mieux que nous n’est aussi engagé dans ce processus de paix. Et sur ce point je suis formel.

- Mme Kenny pouvez vous également revenir sur les actions que votre structure a eu à mener sur le terrain en Casamance?

- Nous avons mené plusieurs mobilisations sociales et des sensibilisations dans toute la Casamance pour le dépôt des armes et le retour de la paix qui est notre credo. Et dans cette dynamique nous avons initié des programmes de construction et de réhabilitation d’infrastructures sociales de base telles des puits, des cases de santé, des maternités des salles de classe, etc. dans les régions de Ziguinchor et Kolda où nous intervenons. Kabonketoor a eu à dérouler plusieurs formations sur les violences faites aux femmes et sur le VIH/SIDA et mener des activités de rencontre de dialogue et de partage avec toutes les parties prenantes au conflit. Sans compter les foras et nos participations dans toutes les marches organisées à Ziguinchor pour l’avènement de la paix. Il faut aussi rappeler la création d’une structure de « Jeunes Ambassadeurs de la Paix » et la mise place d’activités génératrices de revenus pour des centaines de femmes.

-Avez-vous un souhait particulier à exprimer ?

-J’ai deux souhaits à exprimer. D’abord, dire à nos bailleurs de fonds et nos partenaires que notre projet est noble, ambitieux mais pas impossible à réaliser. Nous avons fait un premier pas en avant, nous souhaiterions en faire d’autres avec eux afin de l’épanouissement total de la femme dans cette région et pourquoi pas au-delà ? Ensuite, et cela me tient fortement à cœur, je souhaite remercier les journalistes que vous êtes. Vous faites beaucoup de choses pour nous ; sans vous, nos activités tomberaient dans l’anonymat, donc chapeau à vous.

Auteur: Réalisé par T. I. BADJI & M. FAMA
Date de publication: 2011-09-18 23:44:33
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