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Hommage de Yaya MANE (historien archéologue) au Pr ASSANE SECK

Scoopsdeziguinchor.com : Pur produit du mécanisme par lequel se forge l’identité casamançaise, le professeur Assane Seck a rendu l’âme ce mardi 27 novembre dans la capitale sénégalaise.  Et ce, plus de trois ans après l’hommage que lui a rendu le Collectif des Cadres casamançais ; un grand moment de sa vie marqué par la brillante communication de l’historien archéologue Yaya MANE. Pour rendre également à sa manière et à titre posthume un grand hommage à cette grande figure de proue l’histoire de la Casamance scoopsdeziguinchor.com vous livre à nouveau cette communication de celui qui l’a côtoyé dans le cadre de la recherche de la paix en Casamance.

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Le Professeur Assane SECK a été mon Ministre au ministère de la culture du Sénégal. Mon défunt père a été son militant au PRA-Sénégal pendant que j’étais en culottes courtes au début des années 1960. J’ai assuré le secrétariat du Comité de réflexion mis en place en 1991 sur la crise en Casamance, comité dont le Pr. Assane SECK était le Président.

A ces différents titres, et , au regard des réflexions que j’ai pu mener sur la diversité de la nation sénégalaise, le Collectif des Cadres Casamançais (CCC) a bien voulu me choisir parmi les personnes chargées de présenter une communication écrite à l’occasion de l’hommage rendu à cette grande figure sénégalaise et casamançaise que représente le Pr. Assane SECK.

Le centre d’intérêt que je voudrais retenir m’a été inspiré par la lecture de l’ouvrage du Pr. Assane SECK sur son itinéraire politique intitulé « SENEGAL. Emergence d’une démocratie moderne », ouvrage où il évoque :

D’une part, en page 259, les soupçons portés sur sa personne comme instigateur de la rébellion en Casamance

 D’autre part, en page 267, les intrigues tendant à le présenter comme un « Nordiste » rejeté par les populations de Casamance.

Ces deux statuts, paradoxaux, et injustes tous les deux, donnés au Pr. Assane SECK, pour expliquer comment ils ont pu être construits, doivent être analysés par rapport certes au poids politique en Casamance de la personnalité incriminée qui pouvait gêner certains milieux, mais aussi quelque part  à l’évolution sociologique de la Casamance qui a su absorber sans difficultés les flux migratoires anciens en conférant aux nouveaux venus une identité toute aussi casamançaise.

Mais peut-on parler d’une « identité casamançaise », par delà les ethnies qui composent la région : Diola, Mandingue, Baïnounk, Peul ou Balante et autre? Ce concept est-il opératoire pour rendre compte d’un vécu réel ? 

Assurément oui, à mon avis, et nous l’allons montrer tout à l’heure dans ce qui va suivre, car le Pr. Assane SECK est un pur produit du mécanisme par lequel se forge l’identité casamançaise. Lui, aux origines « Lébou » (ethnie de la région de Dakar), ne se voit pas autrement qu’en « Casamançais », et tout le Sénégal et ailleurs ne voit en lui qu’un Casamançais, tout SECK qu’il est. Pourquoi ?

D’abord il faut observer que l’espace casamançais, enclavé par rapport au reste du Sénégal, notamment à cause du rideau que constitue la Gambie, est cependant un espace partagé entre différentes ethnies qui y cohabitent harmonieusement. En effet, contrairement au nord-Sénégal où l’on a de grands blocs largement homogènes d’espaces ethniques Sérère, Wolof ou Pulaar, la Casamance est peuplée de groupes différents par la langue, mais qui ont exercé les uns sur les autres des influences marquées, à partir d’un substrat issu de l’ethnie Baïnounk.

De ce fait, et c’est le deuxième élément constitutif de l’identité casamançaise, le vécu de ces populations est caractérisé par un multiculturalisme très fécond et fédérateur. En effet, cette terre de diversité cultive malgré tout une grande cohésion et une parfaite harmonie entre les ethnies, entre les religions, qui cohabitent dans un respect mutuel fondé sur une profonde connaissance mutuelle. Au bout du compte la grande majorité des casamançais est bilingue voire multilingue en langues nationales, et par delà la langue, les pratiques culturelles des uns sont facilement adoptées et exercées par les autres. Ainsi très « naturellement » un Diola des Kalounayes (partie de la basse Casamance sur la rive nord dans le département de Bignona) peut être un grand danseur de balafon Balante, tout comme un Peul en Casamance peut se trouver à jouer le « ékontine » (instrument musical à corde) du Diola-kassa (aujourd’hui ce que l’on appelle le « kassa » correspond au département d’Oussouye), et un Wolof casamançais peut être amené à se vêtir en masque « kankourang » (masque mandingue chargé de veiller sur les jeunes garçons en période d’initiation) .

Il y a enfin qu’en termes de valeurs, de comportement et d’éthique, une base commune traverse toutes les ethnies présentes en Casamance, au point que l’on peut dire qu’un certain type d’homme (et de femme) a pu être façonné, qui est ancré dans le culte du travail, de l’honnêteté, de la modestie, du respect de la parole donnée, du courage, etc. Ce type de Sénégalais caractéristique du Casamançais a été très apprécié et très bien perçu, même si aujourd’hui l’évolution dans les comportements a contribué à dégrader et corrompre cette image.

Au total, toute personne qui vit dans un tel univers, dans une telle ambiance, se voit marquée par ces caractéristiques essentielles. Et c’est le cas des premières migrations de gens du « nord » venus s’établir en Casamance et qui se sont conformé et conforté dans ce moule casamançais, d’autant plus facilement que leurs épouses et mères bien souvent étaient d’origine plus locale. Le Professeur Assane SECK est issu de ces vagues.

Du village de Inor à Marsassoum, de Sédhiou à Adéane et Ziguinchor, le Pr. Assane SECK a vécu et cheminé dans ce vivier, qui en a fait plus tard un des fondateurs du Mouvement Autonome de la Casamance (MAC), qui lui a donné sa base politique essentiellement en Casamance avec le PRA-Sénégal, et qui l’a vu être porté aux responsabilités de Secrétaire général de l’union régionale UPS et PS de Casamance.

Qui peut aujourd’hui comme hier douter de la « casamancéité » du Pr. Assane SECK ?

Cependant son combat n’a pas été et n’a jamais été un combat de rébellion, jamais un combat pour une indépendance de la Casamance. Il a été un opposant très dur avec le PRA-Sénégal, il voulait toute la place de la Casamance dans le Sénégal avec le MAC, il s’est consacré, de sa posture de Ministre de la république, au développement économique et social de la Casamance.

Ses parents venaient du « nord » : il l’a assumé et l’assume, mais Assane SECK n’est pas un « Nordiste », un « Sourouwa », expression mandingue qui désigne le wolof du nord-Sénégal. Essayez de lui demander de dire comment on se fait apporter la grande cuillère en bois qui est sur le grenier, il vous répondra peut-être dans son wolof d’Adéane ceci : « diokhma sounkalang-bi ci bountoung-bi », mélange de wolof et de mandingue révélateur de ce biculturalisme dont j’ai parlé.

Le Pr. Assane SECK a joui d’une grande popularité politique en Casamance, et sa haute taille a marqué des générations de militants qui étaient prêts à tous les sacrifices pour lui. Quelle insulte que de le traiter de «Nordiste » rejeté !!! Toutes les structures pour la paix en Casamance ont fait appel à lui. Aujourd’hui encore le Collectif des Cadres Casamançais lui rend hommage, parce qu’il fait partie de nos fiertés en tant que Casamançais.

Je crois que fondamentalement la personnalité du Pr. Assane SECK nous amène à poser la problématique de l’unité nationale dans un pays comme le Sénégal où cohabitent des ethnies différentes et des modes particuliers d’expression culturelle.

En effet, cette question fondamentale est bien souvent occultée ou ignorée, sous prétexte qu’il ne faut pas perturber la cohésion nationale, qui est un acquis au Sénégal. Oui, acquis certes, mais attention, cet acquis peut être précaire ou précarisé, du fait de comportements et/ou de politiques tendant à marginaliser des groupes, surtout dans ce qui constitue les caractéristiques de leur identité profonde.

D’ailleurs la crise qui sévit depuis plus de vingt ans en Casamance est un bon révélateur à cet égard, en ce qu’une des explications à cette crise se trouve dans ce qui a pu être vécu comme un mépris culturel. Il est clair que dans une volonté d’asseoir les bases d’une Nation, le premier mouvement, la première démarche facile et commode, c’est de pousser à l’uniformisation, pour faire émerger une « identité sénégalaise », construite autour d’une langue ainsi que des comportements et des manifestations bien souvent issus d’un groupe donné, et qui pourraient fonder cette « sénégalité ».

Or, et c’est là le problème, quand on a par ailleurs des identités culturelles autres, particulières et fortes comme en Casamance, il arrive forcément un moment de résistance, qui peut aller à des heurts ou des tensions, si ces phénomènes sont mal appréhendés. Ces résistances sont encore plus énergiques, si, en termes de valeurs éthiques et morales, le modèle d’uniformisation mis en avant pêche à bien des égards.

Il importe donc de bien savoir analyser ce genre de situations. Et c’est là que peut s’offrir un autre chemin, plus difficile, mais plus exaltant et porteur, qui est d’accepter la diversité, au lieu de l’uniformisation, comme facteur d’enrichissement d’une Nation, et surtout comme élément d’une plus grande « assumation » de son identité nationale, à partir du moment où  sa propre particularité est respectée et considérée comme partie intégrante du tout national.

En fait, il s’agit de s’engager dans des politiques et des conduites plus aptes à assurer une bonne expression culturelle diversifiée dans le pays, tout en préservant cette volonté de vie commune qui doit être l’acquis à consolider. L’exemple de la Casamance de ce point de vue, mérite d’être mis en avant. En effet la Casamance en tant qu’entité est, à bien des égards, une construction coloniale, même si le royaume ancien du Kaassa englobait une grande partie du territoire. Mais à partir de là, un sentiment identitaire commun a pu être bâti par les populations habituées à cohabiter entre elles et à se connaître et apprécier en se fréquentant dans le respect mutuel.  

Quelque soit ce que l’on pense à propos de notre pays, le Sénégal, ce que l’on appelle la grande majorité wolof, à mes yeux, doit être nuancée, car elle ne reflète pas toute la réalité.

En effet nous avons souvent tendance à dire et à considérer que les Sénégalais dans leur grande majorité parlent wolof. C’est vrai, c’est une réalité que l’on ne peut pas nier. Mais cette réalité cache une autre réalité qui me paraît plus pertinente, c’est celle du bilinguisme. Eh oui, la très grande majorité des Sénégalais parlent au moins deux langues nationales. Les Sénégalais qui ne parlent que le wolof ne sont pas majoritaires, je dirai même qu’ils sont minoritaires. Le fait majoritaire sur ce plan selon moi, c’est le bilinguisme, avec certes une prédominance du wolof sur le type de bilinguisme. C’est ce fait majoritaire du bilinguisme qu’il faut promouvoir au Sénégal. D’abord il permet une ouverture sur l’autre, il permet de le respecter, ensuite c’est un facteur de cohésion, et enfin c’est un grand enrichissement personnel et collectif. Dites-moi, qui, mieux que le Casamançais, présente toutes les caractéristiques du Sénégalais au moins bilingue en langues nationales ? Nous avons là un modèle à vendre et à proposer à l’ensemble du Sénégal.

Dans les pratiques de langues, sous quelques aspects que je vais évoquer ici, des comportements peuvent venir poser problème.

L’urbanisation et le brassage des populations favorisent les unions interethniques. Dès lors, de façon consciente ou inconsciente, des pratiques de langues s’observent dans les ménages avec parfois des situations assez bizarres. Le registre de choix de langue(s) pour se parler au sein du couple et des ménages peut être très étendu. En effet, en plus du choix possible de la langue du mari ou de la femme, le couple peut aussi choisir de se parler dans une autre langue qui n’est ni celle du mari, ni celle de la femme. En outre le choix de la langue peut varier selon les situations. En cas d’enfants et/ou d’autres personnes dans le ménage ou la cellule familiale, le père peut leur parler dans une langue qui n’est pas celle que la mère utilise à leur égard.

Le voisinage joue aussi beaucoup dans les stratégies développées pour les choix de la langue de communication dans le quartier ou au marché par exemple. On peut avoir des cas très typés, comme à Ziguinchor par exemple le  quartier de Peyrissac où c’est le mandingue et le peulh qui prédominent, comme le quartier de Soucoupapaye où c’est le diola qui est prédominant, ou comme au quartier de  Santhiaba où les langues les plus utilisées sont le wolof et le créole portugais. Vous pouvez avoir dans une petite ville comme Oussouye des pratiques de langue dans le réseau social qui privilégient le diola, le peulh et le wolof.

On peut aussi, dans le même registre, s’interroger sur cette tendance des jeunes filles casamançaises, qui se croient obligées de parler en wolof dans les villages diolas les plus reculés, simplement pour afficher leur urbanité ou leur « civilisation » que leur a conféré un séjour à Dakar en qualité de « bonne ».

Dans nos marchés aujourd’hui, partout c’est le wolof qui est largement prédominant, du fait du dynamisme des commerçants baol baol (le Baol correspond engros à l’actuelle région de Diourbel), et de la situation ambiante générale qui impose souvent l’utilisation presque spontanée du wolof. Et pourtant en Casamance par exemple, le même phénomène n’a pas été observé, en son temps, malgré le même dynamisme des commerçants soninké ou peulh, qui au contraire se sont mis à parler diola ou mandingue. Aujourd’hui il est intéressant de se poser la question de savoir pourquoi dans nos marchés, face à la vendeuse de gombo mancagne, l’acheteur diola ou mandingue se croit obligé de parler en wolof.

Si j’ai abordé ces situations et ces stratégies individuelles et collectives, en observant un glissement presque généralisé vers l’usage du wolof dans le réseau social, c’est pour marquer notre part de responsabilité  dans ce que l’on peut considérer comme un envahissement du wolof qui tend à s’imposer à tout le monde, y compris dans l’administration. Et cela est encore plus marqué avec le foisonnement des radios privées, jusque dans la téléphonie.

Ces phénomènes méritent que nous puissions en parler librement pour dégager des options de comportements aptes à valoriser également les autres langues, à côté et avec le wolof. Des initiatives sont engagées ici et là, pour revivifier telle ou telle langue, et une certaine prise de conscience a vu le jour dans beaucoup de milieux dans ce sens. Ainsi beaucoup de groupes ethniques dits minoritaires ont mené un combat pour la codification de leur langue en vue d’une alphabétisation. De même, dans les médiats, des efforts ont été fournis soit par la création de radios communautaires, soit par l’aménagement de plages horaires significatives en faveur des langues autres que le wolof, notamment au plan local. Est-ce suffisant ?

Je voudrais maintenant aborder à cette étape de la réflexion des problèmes liés aux autres pratiques culturelles, en commençant par l’expression musicale.  C’est là que je trouve vraiment dommage que toute la richesse dont regorge le Sénégal ne soit pas pleinement exploitée, au lieu de se complaire dans le « mbalax » ambiant mercantilisé, et dans le « rap » uniformisant facile. Même à considérer la seule culture wolof, il n’y a pas que le « mbalax ».

Là aussi , la Casamance a très tôt et depuis longtemps montré le chemin, avec l’UCAS de Sédhiou qui gagnait toutes les compétitions nationales de la semaine de la jeunesse. Bien avant l’UCAS, les pionniers de la musique sénégalaise moderne ont été casamançais, avec les FONSCECA, les Ousmane MBAYE, le Waato Siita de Soleya Mama, etc. Aujourd’hui encore des artistes musiciens de la Casamance essaient de tenir la route, je pense au groupe le « Fogny », mais est-ce qu’ils sont suffisamment valorisés ? J’entends très souvent sur nos radios un Youssou NDOUR , que j’aime beaucoup et qui a du mérite, du talent et de la valeur. Mais j’aimerais aussi entendre beaucoup plus souvent les « TOURE KUNDA » qui ont une musique plus riche et variée et que je vis mieux.

Avouons qu’il y a beaucoup à faire encore au Sénégal en termes de diversification dans les productions et les diffusions musicales, pour mieux valoriser la polyphonie sérère, à côté du xalam (instrument musical à cordes) wolof, avec le balafon balante, le bougueur (gamme de tambours) diola, ou la kora (instrument musical à 21 cordes) mandingue et le riiti (sorte de violon) peulh.

Une piste de combat pour nous tous, Sénégalais !

 Je suis heureux de constater, en abordant un autre aspect de nos pratiques culturelles, que nos populations ont repris en main certaines de nos grandes manifestations comme le « bukut »(initiation traditionnelle diola) ou le « kankourang », pour l’inclure dans nos vécus actuels. Il faut encourager ce mouvement de renaissance, à côté des « gamous »(rassemblements religieux musulmans), congrès de village, et autres manifestations religieuses, qui ont une autre fonction.

Il y a certainement des efforts d’assainissement et de modernisation à faire, en refusant la folklorisation, mais voilà une pratique que beaucoup d’autres sénégalais gagneraient à connaître et à vivre.

Et puis il y a notre lutte traditionnelle que nous partageons avec nos cousins Sérères et nos parents Hal pulaar, qu’il faut relancer fortement. C’est tellement beau comme sport ! Les millions captés par la lutte avec frappe devraient servir à promouvoir cette autre lutte plus vraie, plus fortement ancrée dans nos terroirs, après le temps des récoltes.

J’aurais pu passer encore en revue d’autres aspects de notre vécu culturel diversifié et riche, mais je crois que je peux m’en tenir à ce que je viens d’évoquer, et qui me paraît assez illustratif de la problématique posée. L’essentiel à retenir à travers ces exemples, c’est de les considérer comme points d’éclairage pour nous-mêmes Casamançais, pour les autres Sénégalais, et pour le Gouvernement chargé de conduire les politiques correspondant aux aspirations du peuple.

D’autres questions fondamentales me paraissent être au cœur du débat :

Peut-on dire aujourd’hui qu’il y a un « impérialisme culturel wolof »  rampant au Sénégal ? 

Existe-t-il un mépris culturel vis-à-vis des populations casamançaises ?

La nécessaire construction d’une identité nationale peut-elle s’accommoder durablement de notre diversité culturelle ?

A propos de « l’impérialisme culturel wolof », j’ai un avis qui tendrait à être très nuancé sur la question, et à plutôt dire qu’il n’y en a pas, ou s’il y en a, nous, les non-wolofs du Sénégal nous en sommes les principaux vecteurs.

 J’ai le sentiment que l’impérialisme dont il est question n’est pas wolof, d’abord il ne faut pas oublier que les wolofs sont aussi une ethnie de la Casamance, et ensuite fondamentalement je suis convaincu que le modèle qui est véhiculé est un modèle urbain, né à Saint Louis et vivifié à Dakar, et qui est un mélange de substrat wolof et d’influences du colon.

 Ce modèle se sert de la langue wolof, et cultive des comportements basés sur le paraître, la ruse ou la roublardise, le sans gêne, une certaine suffisance, et des attitudes arrogantes qui sont plus à classer dans un registre de déracinement. Il n’est pas d’ailleurs sûr que le wolof de la campagne se reconnaisse dans ce magma hybride. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les wolofs de Casamance, qui sont arrivés dans notre région avant la maturation de cette culture urbaine hybride, comme c’est le cas du Pr. Assane SECK, n’arrivent pas à s’y identifier.

Concernant l’existence d’un mépris culturel vis-à-vis des populations de Casamance, ma réponse découlera un peu de ce que je viens de dire sur la culture urbaine wolof hybride. C’est ce modèle là qui méprise les autres, y compris certaines catégories de wolofs. Le phénomène a été accentué par les errements des toutes premières administrations locales après notre indépendance qui ont affecté des personnes peu préparées à exercer une gestion adaptée des hommes et des femmes de terroirs, comme c’est le cas en Casamance. En outre, les populations locales sorties de la colonisation étaient peu enclines à la protestation. Si on y ajoute l’inexistence de potentats religieux confrériques, on mesure le degré d’impunité qui a pu exister et les dérives que l’on a pu constater qui ont conduit à la révolte de 1982, notamment sur la question foncière. Avec les politiques de décentralisation et de responsabilisation menées jusque là et qu’il va falloir renforcer, il faut s’attendre peut-être à mieux de ce côté-là.

Il ne faut pas non plus sous-estimer, les préjugés et l’image de la « bonne » Diola ou Sérère, malléable et corvéable à merci, dans la mise en œuvre de ce mépris culturel.

Il est nécessaire et urgent de corriger tout cela, à commencer par nous-mêmes Casamançais, qui manquons cruellement de solidarité entre nous, pour des stratégies concertées et des actions de défense de nos intérêts. Il y a un défi à relever, car il faut bien que nous fassions notre autocritique en tant que Casamançais, un peu trop souvent enclins à culpabiliser l’autre. Il est grand temps pour nous d’être plus agressifs, culturellement parlant, en prenant des initiatives du genre de celles que prennent nos compatriotes pulaarophones.

En effet et contrairement aux apparences, les Sénégalais et bien d’autres nationalités aiment ou peuvent aimer globalement la culture casamançaise, notamment dans ses aspects artistiques et dans le type d’homme (et de femme) que cette culture a façonné. Il y a donc une réelle sympathie de base à exploiter, et il nous faut multiplier les occasions de découverte ou de redécouverte du meilleur de cette culture. A cet égard, les élites casamançaises qui ont une bonne visibilité nationale et internationale devraient se faire encore plus porteuses de ces expressions culturelles de la Casamance.

Il y a aussi enfin un autre défi à relever constitué par cette harmonie et cette adéquation à trouver entre la nécessité de l’unité et de la cohésion nationale d’une part, et la richesse et la diversité de nos expressions culturelles d’autre part. Quelqu’un disait « pour aimer son quartier, il faut aimer sa maison et sa famille, pour aimer sa ville ou son village il faut aimer son quartier, pour aimer son pays il faut aimer son village ou sa ville, et aimer sa région. »

Toute la problématique est là, dans la recherche du bon équilibre entre le local et le national, entre le particulier et le général. Toutes les grandes nations comme les Etats Unis d’Amérique, la Suisse, la France, se sont bâties sur des bases d’abord locales pour converger vers la fondation d’un Etat central, d’un commun vouloir de vie commune. Cela ne s’est pas toujours fait sans heurts, mais au bout du compte, l’acceptation de l’autre dans ce qu’il est, et le respect des valeurs qu’il porte auront été le gage du succès du projet national.

Or nous ici au Sénégal et en Afrique de l’ouest, nous avons à notre disposition un levier puissant, efficace et encore très vivace pour cela, c’est le cousinage ou la parenté à plaisanterie entre ethnies différentes ou patronymes différents. Il faut cultiver encore plus ce mécanisme social régulateur.

L’hommage fait ici au Pr. Assane SECK par le Collectif des Cadres Casamançais a été pour moi l’occasion d’aborder des questions liées à la meilleure manière de construire une identité nationale sénégalaise très forte, à partir de l’exemple du vécu des populations de la Casamance.

Il m’est arrivé de dire à certains de mes compatriotes sénégalais que la Casamance est une chance pour le Sénégal, car elle est une terre de diversité, et pourtant cette terre a pu forger une identité qui a su dépasser les ethnies. Le Pr. Assane SECK est un modèle complet de ce mécanisme socio-historique original. Je souhaiterais donc que ce produit soit proposé à l’ensemble du Sénégal. C’est le plus bel hommage qu’attend notre Assane, frère, père, tonton, responsable et non moins professeur.

Yaya MANE

Auteur: La Rédaction
Date de publication: 2012-11-30 18:40:25
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ousmane de dubai Je voudrais présenter mes condoléances et celles de la communauté casaçaise de Dubai à tous les casaçais du monde et sur de la casamance. Je remercie le Vieux Léfou Mané que j'ai connu en France et aussi le Grand Yaya Mané que j'au rencontré pour une audience avec l'ex-maire Robert sagna, c'était en 2006 à Zig. je vous félicite pour vos initiatives belles et inoubliables. Vous avez le même mérite que Assane Seck. J'ai téléchargé vos deux textes pour archives et je les ai envoyés à tous les casaçais de Dubai que je connais.

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