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Portrait Mamady GASSAMA/Du désespoir à la réussite : le success-story d’un « condamné » par mine

Scoopsdeziguinchor.com : L’histoire de Mamady Gassama, c’est  celle d’un jeune adolescent au destin atypique. Un destin désespérant qui l’avait quasiment condamné à la précarité, à la dépendance. La faute à une mine qui lui a amputé une jambe un jour de mai 1998 alors qu’il était en classe de CM², âgé seulement de 14 ans. Malgré tout, il a réussi à émerger de l’engourdissement émotionnel dans lequel nombre de victimes de mine sont enfermés du fait d’une stigmatisation qui leur fait accepter leur incapacité à reprendre leurs activités et donc leur place dans la société. Mamady parvient en effet à regagner confiance en lui-même et à s’imposer une place au soleil à travers un parcours qui force l’admiration. L’actuel Assistant administratif et financier de Norvégian People’s Aid (NPA), une ONG Norvégienne qui intervient dans le cadre du déminage humanitaire en Casamance, est présentement marié et père d’un enfant.  

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Le tournant d’une vie pleine d’incertitude

Tout à commencer un Samedi, 23 mai 1998. Il était 7h à Grand-Dakar, un quartier populeux du centre ville de Ziguinchor. En cette matinée de veille d’élections législatives dans une ville aussi stratégique que celle de Ziguinchor pour les différents Etats-majors politiques, les rues et ruelles grouillaient déjà de monde. Un monde bigarré, cadençant le pas au rythme des urgences d’une vie éreintante et insipide chancelée par 20 années d’instabilité sociale. A l’angle d’une rue perpendiculaire à la route nationale menant vers l’hôpital régional, un poste-courant situé à une cinquantaine de mètre de la pharmacie Néma sur le côté opposé, suscite l’intérêt des passants. Une foule hétéroclite de curieux se forme tout autour pour lire et tenter de décrypter un message portant l’empreinte d’ATIKA, la branche armée du Mouvement des forces Démocratiques de Casamance(MFDC). Les commentaires vont bon train. Hommes, femmes et enfants, chacun y va de ses élucubrations. Soudain, une détonation assourdissante envahit l’espace et installe la panique dans ce quartier déjà fortement terrifiés par les crépitements quasi quotidiens de Kalachnikovs et autres pistolet-mitrailleuses fusant des accrochages entre militaires et insurgés supposés appartenir au MFDC. C’est le sauve-qui-peut ; la débandade générale dans un concert de cris de détresse. Une mine vient d’exploser en plein centre ville de Ziguinchor emportant avec elle la jambe d’un jeune adolescent de 14 ans. La victime git à même le sol, dans une marre de sang. Désemparé ! ‘’Incapable de bouger le plus petit orteil pour se sauver’’. Il s’agit de Mamady Gassama, élève en classe de CM2 à l’école Lyndiane 3. Il habite à moins de 100m du lieu de l’accident. La cruauté de l’acte dont il venait d’être la victime indigne au plus haut point. La tristesse et la désolation s’emparent des populations. On s’interroge, on condamne, on récrimine devant ce spectacle affligeant et surréaliste qui s’offre aux regards.  Mais l’atrocité de la douleur et la cruauté du sort qui vient de s’abattre sur lui ne semblent peser aux yeux de Mamady que pour écume de mer face à la souffrance de ses parents, de sa mère en particulier. ‘’Je ne pouvais pas supporter de voir ma mère souffrir tant par ma faute. Je lui ai dit maman, pardonnez-moi. Vous m’avez interdit d’aller sur les lieux, j’ai bravé votre interdiction et il m’est arrivé ce qui m’est arrivée. J’en suis profondément désolé, je vous prie de me pardonner’’, s’amande Mamady Gassama, le cœur gros de remords. Son désespoir est à la mesure du drame. Un monde vient de s’effondrer sur ses frêles épaules. L’avenir s’assombrit devant lui.

                                                                       Un élan social salvateur

Face à l’angoisse et au désespoir qui se sont emparés de lui durant ces moments d’incertitudes, Gass, comme l’appellent affectueusement ses proches, ne s’est pas senti seul. La stigmatisation avilissante tant redoutée en pareille circonstance, il ne la connaîtra pas. Bien au contraire. Un élan de solidarité agissante s’est très vite organisé autour de sa personne pour l’aider à surmonter cette épreuve délicate. Les soutiens les plus immédiats viennent de sa famille et du voisinage. La chaîne de solidarité s’allonge ensuite jusqu’au niveau des autorités administratives surtout académiques. Au premier rang, son directeur d’école, Omar Cissé, mais aussi l’inspecteur d’académie. L’urgence, c’était qu’il puisse être à point pour passer les examens de certificat d’étude élémentaire et d’entrée en sixième. Ce qui fût fait. Mamady subit avec succès les épreuves à l’hôpital même et décroche son premier diplôme d’Etat (CEP) et son parchemin pour entrée au collège. C’est sa première d’une série de victoires contre un destin accablant. Sa deuxième victoire, il l’obtient sans grosse difficultés sur sa convalescence grâce aux soutiens moraux de ses amis d’enfance et principalement de ses camarades de classe qui réussissent à le remettre dans l’ambiance joviale de l’école.

Une fois sortie de l’hôpital et de sa convalescence, il lui restait maintenant à affronter la grande bataille : celle qu’il doit mener contre les regards et les attitudes stigmatisant, mais surtout celle contre son propre ‘’moi’’. Un « moi » devenu trouble et flottant, socialement suspendu à l’arbitraire de son entourage, de sa communauté. Le regard des autres, la représentation que les autres se font de lui sont en effet plus angoissants que la blessure physique.  Car, en plus de la jambe amputée, c’est tout un lien conceptuel qui s’effondre entre lui et son monde. Mais là également, Mamady n’aura pas à trop souffrir. Contrairement à nombre de victimes de mines, il n’aura pas à être interné dans le centre KAGAMEN créée par un mécène du nom d’Alimatou Souaré pour assister les victimes du conflit en Casamance. Il ne sera donc pas dépaysé, isolé et sevré de l’affection de ses parents, de ses proches, de ses amis. ‘’De retour de l’hôpital, on m’a réinstallé directement dans ma propre famille avec un accueil des plus attentionnés, entouré au quotidien des mêmes personnes qui m’aiment, m’assistent sans me faire vivre mon handicape’’, rend-il grâce à Dieu.

                                                                 Un modèle réussi d’insertion sociale

L’écho suscité par l’accident de Mamady Gassama au niveau national va beaucoup contribuer à attirer l’attention des autorités et des organisations de défenses des droits de l’homme sur la gravité de la situation en Casamance. Les défenseurs des droits humains joueront d’ailleurs un rôle déterminant dans la création en 1999 de l’Association Sénégalaise des Victimes de Mine (ASVM). Les activités menées au sein de l’ASVM, va constituer en elle le ciment fécondant une solidarité agissante et la sève nourricière de la conscience d’appartenir fatalement à un destin commun. L’assistance psychologique dont bénéficieront les victimes au sein de leur association de même que la formation et l’encadrement qui leur sont apportés par le biais d’organismes tels que Handicap International, l’UNICEF et surtout le Centre National d’Action Antimines du Sénégal (CNAMS), entre autres, forgent en elles un caractère admirable de gagneur qui leur permettra de transformer un sort de condamné en destin béni. Désormais, bien abreuvé de ses valeurs, Mamady bannie de sa philosophie, celle fataliste de la résignation. Son destin, il le prend en main et décide de s’offrir une place de choix dans la société. Il parvient très vite à s’imposer en personne incontournable au sein de l’ASVM où il occupe des postes aussi stratégiques que celui de secrétaire général. Une station qui lui ouvre comme par enchantement les portes du monde. Il est invité aux côté de son compagnon d’infortune, Sarani Diatta, président de l’ASVM, aux banquets de sommités internationaux intervenant dans le domaine de l’action antimines à travers le monde. Il est en effet le représentant de l’ASVM à la Conférence des Etats Partis de la convention d’Ottawa devant mener le plaidoyer en direction des représentants des Etats Partis et des organisations internationales, afin de s’assurer de la mise en œuvre des dispositions portant sur l'assistance aux victimes conformément à ladite convention. Ce qui lui a permis de gagner le titre de Chercheur du Sénégal pour l’élaboration de l’observatoire des mines et des bombes à sous munitions (LANDMINE AND CLUSTERS MUNITION MONITOR).Il devient même le Point Focal de la Campagne International de Lutte contre les Mines (ICBL) sur l’Assistance aux Victimes de mines (AV) au Sénégal de 2008 à 2011. Assistant administratif et financier depuis 2013 de Norwegian People’s Aid (NPA), une ONG Norvégienne qui intervient dans le cadre du déminage humanitaire en Casamance, Mamady prépare présentement un Master professionnel II de management et de gestion de projet. Titulaire d’un Diplôme supérieur de Gestion (DSGIII) à l’Institut Supérieur de Management (ISM) avec comme thème de recherche : ‘‘Le Marketing social, stratégie de réinsertion des victimes de mines: le cas de l’Association Sénégalaise des victimes’’. Mamady Gassama a aussi suivi une formation sur les techniques d’élaboration des projets en phase avec les normes internationales au CHILE en partenariat avec ICBL/CMC avant de se former également sur les techniques d’identification, d’élaboration et de mise en œuvre des projets d’éducation au risque des mines au CPADD/Bénin. Partisan de l’approche genre, il s’est également former sur les violences faites aux femmes et sur la gestion des stress grâce au soutien d’Amnesty International et de l’UNICEF. Ce qui fait dire à son ami de tous les jours, Sarany DIATTA, par ailleurs président de l’ASVM que « Mamady est un insatiable en matière de savoir, un fonceur. Et ca fait plaisir de l’avoir comme ami ou comme collaborateur». «  Il aime passer son temps à la lecture, à surfer sur Internet, à suivre des documentaires. Durant nos nombreux voyages en Belgique, suisse, France, Jordanie, Colombie, Bénin et au Laos à l'occasion des réunions des Etats partis de la convention, il s’intéresse beaucoup à la culture de ces peuples, plus particulièrement à la situation des personnes en situation de handicap.

                                                              Un d’homme de devoir

Son succès personnel ne semble point lui suffire. Mamady Gassama reste très préoccupé par la situation de ses camarades victimes de mines. Leur sort fatalement lié au sien l’afflige. Il fait du combat pour leur épanouissement social un sacerdoce. Au point d’apparaître aux yeux de certains partenaires sociaux comme un éternel insatisfait. Mais peut importe l’opinion des autres sur sa personne. Ses priorités, il semble les avoir bien sériés. Il s’agit d’abord de faire en sorte que l’interprétation du stigmatisé de son stigmate, ne développe en lui une perte d’estime de soi ou un sentiment de culpabilité vis-à-vis de sa famille en se considérant comme un fardeau. Il veut ensuite une autonomie de la personne handicapée. D’où l’importance selon lui, de mettre en place des programmes de réinsertions sociale et économique efficaces. Ce qui est non seulement à son avis, une obligation pour l’Etat en vertu du Traité d’Ottawa, mais aussi une priorité pour les Victimes de Mine. D’où toutes les formations qu’il a eu à suivre dans ces domaines.

Abdou Cissé, ami d’enfance de Mamady Gasama, par ailleurs doctorant en sociologie du développement, apprécie un tel combat et préconise qu’il soit donner aux survivants de mines des moyens d’être proactifs en les incitant à choisir et à planifier des activités de réinsertion sociale et économique pour assurer leur propre autonomie. Sa conviction étant que, l’échec de la réinsertion socio-économique des victimes de mines est une résultante des politiques de réinsertion inadaptées imposées par l’Etat à travers ses démembrements. Il est également selon lui, le fruit du regard porté sur les victimes de mines par la société et les acteurs au développement dans le contexte social de la Casamance. Mamady en est très conscient. C’est pourquoi, tout en militant pour l’insertion qui  crée en définitive selon lui, ‘’une autonomie de la personne handicapée’’, il intègre au premier plan de son combat la prévention des accidents par mines pour préserver des vies et éviter d’autres mutilés. 

‘’Nous voulons que la liste de notre association se ferme hermétiquement et de façon irréversible. Nous ne voulons plus accueillir de nouveaux membres, car ce serait la preuve d’un échec collectif, l’expression d’une indifférence à notre sort’’, s’alarme le nouveau secrétaire administratif et financier de l’ASVM, qui en trouve un motif suffisant pour que son association soit à l’avant-garde du combat pour l’éducation aux risques de mines (ERM) mais aussi pour leur réinsertion socioéconomique. C’est dans ce sens qu’après avoir réalisé une étude d’impact sur le programme de déminage de la Casamance pour le compte de l’ONG Handicap International, il a été au cœur de la création d’une agence de marketing qui assure la promotion et la vente des produits des personnes en situation de Handicap, dont il est le Directeur Exécutif.

                                                                              Aliou CISSE

 

Auteur: La Rédaction
Date de publication: 2013-10-18 20:42:44
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