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15e édition de la commémoration du naufrage du bateau le « JOOLA » : retour sur l’homélie interpellatrice de l’Abbé Samson Kantoussan depuis Paris

Scoopsdeziguinchor.COM : Abbé Samson Delaka Kantoussan est un jeune prêtre du diocèse de Ziguinchor. Il servait à la cathédrale Saint Antoine de Padoue et fut Directeur des œuvres diocésaines jusqu’en Septembre 2014 où il est envoyé en mission d’études en France. Maintes fois, il a eu à diriger la prière œcuménique lors de la  cérémonie de commémoration du naufrage du bateau le « Joola » au port. Une tradition douloureuse qu’il porte jusqu’au pays de Marianne. 

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Le 27 Septembre dernier, officiant comme curé de la Paroisse Saint-Louis de Paris, Abbé Samson Delaka Kantoussan a prononcé cette homélie riche en interpellations et introspections en présence du consul du Sénégal à Paris et du maire de la Commune de Pantin, à l’occasion de cette commémoration par la diaspora sénégalaise.

Une homélie qui arpente les contours d’une contribution de nature à « éveiller » les consciences des autorités de notre pays et de ses citoyens à plus de respect et à la promotion du bien commun pour un bon vivre ensemble. In extenso, le discours-Homélie de l’Abbé Samson Kantoussan lors de la messe de Requiem du « Joola » à Paris –Pantin.

 

« Frères et Sœurs en Christ,

Chers compatriotes sénégalais,

Et vous tous ; Hommes et Femmes de bonnes volontés.

Que vous dire en ce moment précis ? Je veux commencer mon intervention par ce qui va constituer l’axe central de mon homélie ; « S’il y a un péché collectif que les sénégalais doivent confesser à chaque anniversaire du « Joola », c’est bien le péché du manque de sens du Bien commun. Ne pas seulement le confesser, mais s’engager à y remédier par une véritable conversion ».

En effet, à des milliers de kilomètres de notre pays, unis à notre nation, et à nos familles, nous avons décidé nous aussi de commémorer le drame des drames, l’unique et sans précédent dans l’histoire de notre nation libre et souveraine  et mieux dans celle de la navigation civile maritime au monde. Et cet attachement viscéral à notre patrie-mère  est illustré à sa juste valeur par le témoignage éloquent de notre mobilisation de ce jour. Il est vrai, disait cet auteur chrétien  Paul Valadier, » Lorsqu’un événement ébranle une nation, la menace fait apparaitre une mobilisation des énergies  dans une volonté commune de surmonter l’obstacle «.

Ceci dit, chaque année, la célébration de l’anniversaire du naufrage du bateau le « Joola » ramène au premier plan de notre conscience, le souvenir qui nous replonge dans les faits.

Personnellement, comme  la plupart d’entre nous, je garde le souvenir tragique de ce matin du 27 septembre 2002, où j’ai été réveillé comme dans un  film de fiction par les annonces répétées des radios de la place alertant le peuple sénégalais et le monde entier du naufrage du bateau le « Joola ». Ce navire passager mythique que de nombreux habitants de Ziguinchor  avaient vu quitter la veille aux environs de 15 heures comme à son accoutumée. Il s’agit aussi de ce navire qui avait été amarré pendant longtemps pour des besoins de révision technique et dont la décision de le remettre en navigation venait d’être saluée par la joie des populations au rythme des chants, des danses et des tam-tams.

Tous, nous étions loin d’imaginer que l’au-revoir fait aux membres de nos familles  pendant que le bateau disparaissait derrière la belle mangrove de ce fleuve Casamance, allait se transformer bientôt en derniers adieux.   Et pourtant c’était vrai puisque quelques heures après. Le Joola a sombré dans la nuit, au large des côtes gambiennes emportant prés  de deux milles vies dans les profondeurs abyssales.

Nous nous souvenons et nous pleurons certes, mais nous nous souvenons et nous prions aussi. Parce que, hommes et femmes de foi, les sénégalais le sont (Chrétiens, Musulmans ou adeptes de la religion traditionnelle). Il s’agit d’un peuple uni par des valeurs morales et spirituelles désireux de s’ lancer d’un seul bond comme le lion de notre hymne national vers un destin commun. N’est ce pas en ces termes que se définit la devise de notre pays : «  Un peuple, un but, une foi ».

Parce que, hommes et femmes de foi, notre prière, en faveur des naufragés, nous, Pères, est soutenue et animées par l’Espérance de la résurrection des morts. Comme nous le chanterons tout à l’heure à la préface : « Pour ceux qui croient en toi Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils auront déjà  une demeure éternelle dans les cieux ». Dés lors notre prière devient la force transformatrice qui nous conduit de l’amertume de l’Espérance en la Vie. Cette espérance pour nos frères et sœurs naufragés que nous enseignent les mots de la vision apocalyptique de saint Jean ; » Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et il n’y avait plus de mer. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait (…) Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. ( …) Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara ; » Voici que je fais toutes choses nouvelles. Ces paroles sont dignes de foi et vraies ».

Parce que, hommes et femmes de conscience et de responsabilité, le souvenir nous interroge et nous réclame un bilan. Il nous interpelle quant à notre conscience personnelle et collective, sur la responsabilité  qui nous incombe dans la gestion du bien commun.

Le naufrage du bateau le Joola rappelle avec force à l’autorité politique sénégalaise, comme à chaque citoyen que le Bien d’un peuple d’une part, ne doit pas seulement être utile à des fins politiciennes au détriment de l’épanouissement du Bien du citoyen. D’autre part, le citoyen quant à lui doit s’engager  à reconnaitre que le Bien du peuple n’est pas un trésor laissé au bord de la route au profit égoïste de celui qui le ramasse. Le Bien commun qui est le bien du peuple est sacré car il est la clé de voûte de l’édifice social et aussi le garant de la dignité humaine.

Quinze ans après, s’il fallait faire un bilan de ces commémorations du drame le Joola, j’aurais volontiers commencé par une question ou deux ou trois, peu importe. Où en sommes-nous ? Et où voulons nous aller ? Où sont passées les mesures édictées au lendemain du naufrage par l’autorité et visant à faire respecter les régles de la surcharge dans les transports publics au quotidien et surtout pendant les grandes manifestations  (pèlerinages religieux, campagnes électorales, mobilisations sportives...) ?  Le respect du code de la route dans la circulation, la bonne tenue dans les lieux publics… pour montrer à quel point cette situation sociopolitique est criante et requiert une thérapeutique urgente. Ne convenons pas avec ce journaliste qui a titré son article sur cette question ; « amnistie ou banalisation » ?

J’ai suivi avec beaucoup d’amertume et de révolte le drame survenu les temps derniers au stade Demba Diop de Dakar, entre autres. J’avais l’impression de voir se défiler dans ma conscience le drame du Joola où des responsabilités sont renvoyées telle une balle de ping-pong, des uns aux autres. Pendant ce temps, les familles pleurent leurs morts ; espoirs d’aujourd’hui et de demain.

Il me semble important que nous ne devions pas perdre de vue que dans la vie d’un peuple, lorsque pour des questions de survie et de confort personnel, on laisse la polémique populaire aller dans tous les sens, et sans prendre les mesures nécessaires pour dire la vérité, on finit par distraire  tout le monde et par conséquent étouffer le véritable nœud du problème.

Je suis tenté de croire que de nombreux responsables de notre pays se complaisent dans cette situation, ainsi leur responsabilité n’est jamais engagée dans les questions fondamentales du peuple dont ils ont la charge. Mais s’ils se comportent de la sorte, c’est peut-être, parce qu’ils se considèrent comme dirigeants d’un peuple qui oublie vite. Qui pleure le matin et danse le soir et lorsqu’arrive le moment des choix décisifs, les mêmes erreurs se reproduisent. Ce à quoi je refuse de croire et je veux que le peuple sénégalais me le confirme.

Il ne s’agit pas seulement des autorités légitimes en place ; chaque citoyen doit aussi savoir qu’il est lui-même sa propre autorité. Nul besoin de mettre derrière chaque citoyen, une autorité judiciaire ou policière pour que soit respecté le Bien commun.

Les commémorations de cet événement n’auront de sens et de valeurs que si le  respect de ces milliers de vies  englouties en une nuit par les flots furieux de l’océan  impose à notre conscience un acte de conversion, un changement de comportement.

Au terme de mon homélie, je ne veux pas laisser une impression d’accablement pour notre pays. Le devoir m’incombe aussi de saluer de nombreuses conduites louables des femmes et des hommes sénégalais dignes d’être cités en exemple pour leur sens du devoir citoyen. Leur détermination à assumer leurs responsabilités à appliquer et à faire appliquer objectivement le respect du bien commun pour le bonheur et l’épanouissement de tous. Parmi lesquels de bonnes volontés parmi nous. Nous les saluons et encourageons.

Au final, mon homélie prend l’allure d’un témoignage pathétique. C’était un crépuscule d’avril 2010 au bord du fleuve Casamance, des milliers de jeunes étaient venus rendre hommage aux naufragés à l’occasion de la célébration du 25éme anniversaire de la Journée Mondiale de la Jeunesse(JMJ). Au jet des bouquets de fleur dans le torrent, un jeune pensionnaire de l’école de football dont  ses collègues et encadreurs sont restés dans le bateau, pris d’émotion, s’écria : «  Chers amis, nous pensions qu’un jour, vous nous reviendrez, mais héla !!!Cependant, même si vous ne revenez pas, qu’on nous dise seulement pour nous consoler, qui nous a valu cela « a-t-il lâché consterné.   

A ces propos, mon cœur fut transpercé et je compris que son cri était encore le cri du peuple meurtri. Et ce peuple n’est pas encore écouté et qu’enfin personne n’avait encore osé répondre à sa question. Qui rendra compte avec courage de la disparition  de ces milliers de vies ?

Sans me révolter je me suis mis en attitude de prière et ces paroles du Psaume 84 me traversèrent l’esprit : «  j’écoute que dira le Seigneur Dieu. Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple  et ses fidèles, qu’ils ne reviennent jamais à leur folie ».

Je souhaite cette grande paix à tous les naufragés. Je la souhaite à la nation sénégalaise en particulier et au monde en général.

Ainsi le Dieu des vivants et des morts restera notre seul Consolateur, maintenant et pour les siècles des siècles.

Abbé Samson Delaka Kantoussan

Auteur: Timbis SARR
Date de publication: 2017-10-28 18:21:26
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