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Kataba I/Bourome-Badjirane : Une localité transfrontalière où Tout est prioritaire

Scoopsdeziguinchor.com : Les populations de Bourome-Badjirane localité de la commune de Kataba I située au niveau de la ligne de démarcation entre le Sénégal et la Gambie ont saisi l’opportunité de la cérémonie officielle des 72 Heures de leurs journées culturelles sénégalo-gambiennes pour crier leur désespoir face à une multitude d’enclavement et à l’absence d’infrastructures socioéconomiques de base qui les condamnent dans un rôle d’éternels désœuvrés

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 « Santé et développement » ! Tel était le thème de ces 72 Heures de la localité de Bourome-Badjirane parrainées par le Docteur Moussa Diédhiou ; une zone où les populations unies veulent aujourd’hui plus que jamais créer les conditions d’un développement durable.

Située à moins 4 Km à partir du poste frontalier de Selety en allant vers le Naran-Ouest, Cette localité transfrontalière fondée vers les années 50 par un natif de Kagnobon abrite les populations de la contrée du Buluf ; notamment celles de Thionck-Essyl qui occupent le quartier de Bourome lieu de la chefferie, et celles de Kagnobon localisées à Badjirane foyer de l’imamat. Et toutes ces populations ont des liens très étroits avec celles, d’outre-frontière, originaires également du Buluf et avec qui elles partagent les mêmes réalités, les mêmes conditions de vie. C’est d’ailleurs fort de ces liens séculaires, facteurs d’intégration, et qui transcendent les barrières frontalières, linguistiques que Bourome-Badjirane a pu bénéficier d’un programme hydraulique (gambien) transfrontalier ; un réseau d’alimentation d’eau potable alimenté par des panneaux solaires, mais un réseau dont la fonctionnalité est tributaire de l’agenda saisonnier ; et ce, du fait de la profondeur de la nappe qui ne profite à Bourome-Badjirane qu’en saison des pluies où l’eau coule dans certains robinets. En attendant les populations n’ont encore que des puits pour leurs besoins en eau ; et profitent également de panneaux solaires qui pallient l’absence d’électrification. Et avec la maternité construite par les femmes et qui manque de tout, l’enclavement qui plombe les efforts de développement, c’est autant de contraintes multiformes qui se posent aujourd’hui au niveau Bourome-Badjirane où les défis à relever sont énormes. La cérémonie de lancement de la 4ème Edition des 72 Heures de Bourome-Badjirane le 28 décembre dernier a donc servi de prétexte pour les populations locales de pointer du doigt toutes les difficultés qui assaillent leur quotidien. Des manifestations dont la finalité est de permettre aux populations de la zone transfrontalière de discuter avec les décideurs politiques, bonnes volontés et partenaires sur les différentes questions liées au développement durable ; telles les infrastructures routière, sanitaire, hydraulique, celles liées à l’éducation, à l’électrification rurale à l’agriculture mais également aux questions relatives au domaine social à la sécurité et à la déforestation. Mais malgré tout, les populations de Bourome-Badjirane avait tenu pour l’occasion à joindre l’utile à l’agréable.

Des populations mal loties en matière de santé
 
A Bourome-Badjirane et ses environs les populations veulent bénéficier des politiques publiques ;  bénéficier de tout ce qu’un citoyen a droit. D’autant plus qu’en plus de leur enclavement, du manque d’eau et d’électricité, ces populations sont mal lotie en matière d’infrastructures sociales de base, de services d‘approvisionnement et marchands. Car « tous nos achats, tous nos soins quand nous tombons malades, bref tous nos besoins nous les faisons en Gambie » ont-elles clamé lors de leurs 72 Heures.  Si Badjirane-Bourome organise donc ces journées culturelles c’est donc pour réfléchir sur le développement de la localité, poser les nombreux problèmes. Ibrahima Diédhiou, le président de l’AJDB (Association des Jeunes pour le Développement de Badjirane) en veut ainsi pour preuve le secteur de la santé où les populations notamment les femmes souffrent énormément. « Si vous avez un malade, vous êtes obligés de l’évacuer soit à Selety, à Diouloulou où en Gambie voisine » a-t-il indiqué. Et cette évacuation constitue d’ailleurs à ses yeux toute une gymnastique du fait de l’impraticabilité de la route et d’un manque d’ambulance.
 
 
En outre la Case de santé construite par les femmes de Badjirane et qui fait office de maternité n’a de structure sanitaire que de nom. L’eau, l’électricité, les médicaments, le personnel, de bonnes toilettes, etc. tout manque également ici. Une Case de santé qui est encore à la charge de deux matrones Diatou Camara et Seynabou Badji âgées toutes deux de plus de 70 ans et qui ont toujours exercé dans le bénévolat. « Nous n’avons pas de sage-femme et nos matrones usent de la tradition au niveau de cette maternité pour assister bénévolement les femmes lors de leur accouchement » soutient Ramatoulaye Diatta assistante et fille d’une des matrones. Cette dernière pour qui, dans le cadre de l’évacuation de leurs patientes vers Selety ou la Gambie, c’est des charrettes qui sont le plus souvent mobilisées ; et ce, à défaut de convoquer sur place, pour des cas d’urgence, une ambulance voire une sage-femme dont les déplacements sur Badjirane ne sont pas toujours automatiques. C’est dire de l’avis de Ramatoulaye Diatta qu’avec les problèmes d’évacuation souvent notées des patientes, les femmes enceintes sont ici exposées à des risques d’accident. « Certaines accouchent et laissent leur vie, d’autres accouchent et perdent leurs enfants ; c’est cela notre souffrance » se désole-telle. Et quid des visites prénatales ? Ramatoulaye Diatta estime que celles-ci se font souvent à Selety voire en Gambie pour les femmes enceintes. Suffisant pour lancer un appel aux autorités locales, étatiques et aux bonnes volontés à venir en aide aux femmes de Badjirane et de ses environs qui font face à moult difficultés ; et notamment en période hivernale où les routes sont impraticables pour la mobilité des populations.   
 
 
Une cohabitation transfrontalière apaisée mais plombée par le vol de bétail et la déforestation
 
Le vol de bétail très récurrent est aussi un véritable problème dans cette bande transfrontalière. Un problème très sérieux estime d’ailleurs Ibrahima Diédhiou. « Les responsables de ces vols vont même jusqu’à utiliser des armes au cours de leur forfait ; donc si vous vous opposez au vol on peut même vous tuer » s’offusque-t-il. Le président de l’AJDB pour qui un véritable problème d’insécurité se pose donc au niveau de cette bande frontalière. Et ce dernier de lancer à ce titre un appel aux autorités pour parer à cette situation. En attendant des comités de surveillance sont mis sur pied à leur niveau pour dissuader les malfaiteurs ; mais cela ne suffit pas, note-t-il ; car après leur forfait, les voleurs de bétail rentrent ensuite en Gambie où ils ne sont point iniquités. La solution c’est la sécurisation de toute la bande frontalière et c’est tout un problème, lâche Ibrahima Diédhiou. L’autre problème crucial au niveau de Badjirane, c’est la déforestation. Une situation qui pour les populations locales, nécessite également une solution. « C’est quasiment le désert au niveau de la zone où les grands arbres sont inexistants » soutiennent-elles. Et la solution de l’avis du président de l’AJDB réside dans la mobilisation de tous les villages de cette contrée de Kataba I qui de concert avec les autorités compétentes vont essayer de stopper ce phénomène de la déforestation au niveau de leur localité respective. Toutefois Ibrahima Diédhiou n’a pas manqué de dénoncer la complicité de populations locales qui sont en connexion avec les trafiquants de bois qui viennent de la Gambie voisine qui  couper les arbres dans leur forêt avant de les acheminer en Gambie.       
 
72 Heures de Bourome-Badjirane : Pour alerter les autorités sénégalaises et gambiennes des urgences
 
C’est dire don que ces 72 Heures de Bourome-Badjirane se tiennent dans un contexte d’élaboration des stratégies et de plans de plaidoyer sur le thème « Santé et Développement ». Pour ces populations, il s’agit d’influer les politiques publiques et partenaires au développement à venir en aide à ces populations de cette zone transfrontalière où tout est prioritaire. « Nous lançons un cri de cœur pour la construction d‘une piste de production reliant notre village à Selety » clame d’ailleurs Ibrahima Diédhiou. Le président de l’AJDB pour qui cette route constitue la clé de voute du développement de leur localité pour son désenclavement ; et ce, non seulement pour la mobilité des populations mais aussi pour permettre à ces dernières d’acheminer, argue-t-il,  les produits agricoles vers les marchés urbains. D’ailleurs à l’instar du président du comité d’organisation, le chef de village, l’imam, la représentante des femmes et des jeunes, Abdoulaye Diédhiou le représentant du parrain  ainsi que tous les autres intervenants ont tour à tour interpellés les autorités sénégalaises mais également gambiennes de la nécessité pour les populations de ces localités locales de bénéficier de leur appui surtout en termes d’accès des jeunes aux formations professionnelles de qualité, d’accès des agriculteurs aux matériels agricoles et aux intrants mais aussi et surtout aux soins médicaux. Il s’agit pour ces dernières, notamment les jeunes et les femmes, acteurs de développement de leur contrée, de réunir les conditions d’amélioration de leurs conditions de vie par la disponibilité des moyens mais de renforcer également leur relation de cohabitation transfrontalière.    

Auteur: Tapha I. BADJI
Date de publication: 2020-01-10 13:39:59
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